Au bout de ma fenêtre l’horizon rosé d’un premier jour d’avril émerge,  lentement, et borde les toits d’ardoise. 

Les mouettes posées sur la ligne de crêtes des maisons d’en face, immobiles,  patientent. 

Elles attendent l’activité humaine qui laissera sur son passage  leur pitance. 

Cela fait déjà bien longtemps qu’elles n’ont plus la dextérité  pour capturer des  poissons. Grassouillettes et fainéantes, elles se contentent de trainer leur bec du côté des barraques à frites et des bateaux de pèches. 

Mais, poisson d’avril, les mouettes, un petit machin  venu de l’orient  a stoppé l’activité humaine. 
Il va falloir réapprendre  à vous débrouiler toutes seules. 

La lenteur du soleil qui met du temps à émerger convient à mon réveil de ce jour. 

La belle aquarelle de Jean-Michel Folon émerge  en convergence. Je suis le monde dans le monde…

Toutes les images de mes bords de mer, tous les ciels qui me sont offerts ici  dans ces jours qui se succèdent et ne se ressemblent jamais,  chaque crépescule, chaque aurore,  se retrouvent dans les bleus de ses aquarelles. Son pinceau ne semble jamais s’arrêter, sa couleur se diffuse  et s’estompe pour laisser le regard glisser délicatement vers un ailleurs. 

Aujourd’hui je pose ma cuillère en bois,   je dépose les mots au lendemain pas très loin de ma feuille de papier virtuelle,  je  retiens l’encre pour ne laisser la place qu’aux seuls bleus de ces aquarelles. 

Je mets en place un interlude  sur fond de musique,  un prélude de Bach… 

Je laisse la place aux petits hommes volants de Jean-Michel Folon  qui s’envolaient  pour boucler le programme de la journée. Pour ce premier jour d’avril,  embarquer  sur une mer tranquille…