La lune n’était pas rose… elle était  blanche, ordinaire, peut-être plus  grosse, plus ronde, vous l’avez tous vue. Certains ont été déçus. D’autre surpris, car ils ne la regardent plus. 

Il y en a même qui se sont levés la nuit pour la regarder tout simplement, regarder ses rayons, percer la nuit dense et  glisser sur le parquet près du chat angora… ah, tu verras, tu verras… tout recommencera, tu verras, tu verras, l’amour c’est fait pour ça , tu verras, tu verras…  les mots emplumés de soleil de Claude Nougaro  m’accompagnent.

Est-ce que la lune doit être extraordinaire pour ne pas oublier de  la regarder, tout là haut en suspension ? 

Lucio le chat sage ne se pose pas ces questions. Il regarde la lune comme un gros bocal sans son poisson.

Je suis sortie aux petites heures pour la regarder, pour l’attraper dans mon filet à papillons…  mais une fois capturée, elle apparaissait toute minuscule, ridicule,  sur l’image convoitée.  

Est-ce que l’œil serait doté de pouvoirs qu’aucun appareil ne peut égaler ?

Je me réveillerai, tu verras, tu verras,  tout rayé de soleil,  ah le joli forçat…  avec son pyjama rayé, on ne voit que lui  et il vole la vedette à la lune qui disparaît au fil  du jour. 

Lui aussi il balaye, dans la nuit silencieuse, de ses rayons le parquet  de ma maison. 
Un phare c’est rassurant.  Malgré son costume clownesque rouge et blanc,  il est présent et discret à la fois.  Tous les phares semblent abandonnés depuis longtemps et on ne sait pas  par quel miracle  leur grosse lanterne continue à tournoyer dans la nuit de bord de mer. 

 Au rythme d’un métronome, il cadence les minutes errantes des noctambules. 
Rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Ce matin, il se hisse sur la pointe des pieds pour essayer d’attraper avec son nez, les nuages  de crème qui déambulent  dans le ciel.

Etre dans un nuage, pas dans les nuages, mais avancer dans un nuage. 

Cette  sensation extraordinaire et apaisante, de ces milliers de petites  gouttelettes qui se posent  délicatement sur le visage.  

Etre en haut d’une montagne,  quand le ciel aspire les nuages en symétrie du lever de soleil. 
Chassés par la chaleur de la terre,  ils emportent dans leur bagage  les dernières ombres de la nuit. 

Dans la Sierra Nevada,  j’ai été emportée par ce  tourbillon de petits nuages…image du monde flottant. L’esprit et l’imagination n’ont pas besoin de billet d’avion pour rejoindre aussi vite que la vitesse  de la lumière,  les plus belles destinations.

Tout recommencera, tu verras, tu verras, Mozart c’est fait pour ça, tu verras, tu entendras,  tu verras notre enfant étoilé de sueur… la lune, un phare, une étoile, tout est réuni pour garder le cap. 

Il faudra que je demande  au grincheux à vélo s’il y a des étoiles de mer dans la Manche.  

Ici, les étoiles s’échouent sur les vestiges   abandonnés d’un autre temps. 

Délicatement dessinée, par un artiste anonyme,  elle  attend l’usure du temps, du sable et du vent, de la mer aussi, pour le plus grand bonheur de ceux qui poussent leur pas le long du littoral.

Un inconnu, un ami de la beauté a pris le temps de poser là pour nous, les badauds du bord de mer,  ces touches de peinture éphémère. Les visiteurs  de tous poils,  goélands, nudistes,  touristes écrevisses à glacière,   promeneurs  à ciré jaune, chiens errants, cerf-volistes  égarés embarqués par leur voile,  accompagnent  ce paysage mouvant, au cœur duquel une étoile immobile regarde passer le temps.

Ah, tu verras, tu verras, mon  ami dans les os de mes bras, craquer du fin bonheur de se sentir aidé… 

Oui je verrai, le lendemain, ce monde que j’espère nouveau, animé de la volonté des Hommes de changer leur course folle en tendresse  et partage.  

On me pense optimiste, douce rêveuse,  mais je crois en la force des Hommes, ceux-là mêmes qui peuvent dessiner loin des galeries luxueuses pour le simple bonheur d’un passant, ou seulement du vent,  la plus belle et la plus délicate des étoiles éphémères.

Ah, tu verras, tu verrasj’ai hâte…