Ici les maisons ne sont pas d’anonymes amoncellements de briques et de tuiles ! 

Ici, près de la mer, comme c’est souvent le cas dans les villes côtières, les maisons ont des noms. 

A chacune sa personnalité, sa couleur, son architecture plus ou moins réussie, à chacune son nom plus ou moins bien choisi par l’heureux propriétaire.  
Aujourd’hui je me suis contentée  de capturer le nom de celles qui me sont permises, celles qui se trouvent sur mon chemin de 300 mètres qui me séparent de la mer. 

Aucun pas de côté pour aller retrouver une maison  qui avait un nom amusant, qui se trouverait en dehors de ma zone de confinement extérieur.

Il y a la première « La marmaille ».  Derrière sa porte vitrée, j’imagine une flopée de gamins indisciplinés qui braillent à longueur de journée.  Quelle idée de donner un nom pareil à une maison. Ils doivent le payer cher avec le confinement. Pourtant aucun son ne s ’échappe qui laisserait soupçonner  un activité. La maison semble habitée et abandonnée. 

Je poursuis mon chemin,   face à moi l’imposant « Sablonnière ». 

Nom improbable si mal assorti à cette maison à l’architecture léchée et impeccable. Une escapade dans le dictionnaire pour découvrir qu’une sablonnière c’est  une «  Mine de sablon Coffre pour renfermer et corroyer le sable qui sert à faire les moules de fondeur ». 
Mon imagination est stoppée nette.

Je passe mon chemin… 

Quelques pas plus loin,  la prétentieuse : « Le Grand Trianon », avec ses angelots, son bleu Nattier,  qui même s’il est assorti au ciel d’ici,  paraît posée ici par accident. 

J’ose imaginer pour la rendre sympathique, qu’elle est   habitée par un couple  de personnes âgées excentriques,  prenant le thé dans une orangerie  dissimulée à l’arrière de la maison,  plutôt que par des russes richissimes qui attirés par leur gout de l’exubérance seraient venus s’échouer pour un week-end par an sur les côtes françaises.

Je passe mon chemin, je ne m’attarde pas, car je sais, qu’un peu plus loin, m’attend « La Villa Musette ».  

Les volets sont fermés comme souvent. 

Mais son nom joyeux m’inspire toujours la bonne humeur quand, lors de mes promenades du quartier, je la longe dans le silence habituel de mes petits matins. 

Je l’imagine habitée par une famille joyeuse, partageant des gouters d’hiver au parfum de cannelle,  des gouters d’été assortis de limonade et des noël douillets. Elle respire les grasses matinées des vacances, les siestes  à l’abri du soleil, elle respire le bonheur, cette villa Musette. 

Elle est aimée c’est certain. Elle me rappelle une phrase  lue « elle avait cette beauté que seul procure le sentiment d’être aimée ».

Je ne traine pas,  car la minuterie du confinement ne supporte pas la nonchalance.

Mais je ne peux pas rentrer sans détourner mon chemin  vers  celle qui porte le plus joli nom.  

Elle aussi affiche toujours des volets fermés. Elle ne semble pas habitée ou alors que l’été comme beaucoup de maison de cette station de bord de mer… et je n’ai pas encore passé d’été ici. 
D’ailleurs c’est mon premier printemps de bord de mer.

C’est la villa « Sourire du ciel ».

Qui a pu imaginer un nom aussi  joli !! 

Cette maison a la chance d’avoir été rêvée, c’est certain !!! 

La villa sablonnière ou le grand Trianon peuvent toujours se pavaner dans les rues d’ici. 

Elles doivent, dans leur immobilité  imposante,  être très  jalouses de cette humble maison qui porte le plus beau des noms … les trois mots qui le composent transporte vers l’Orient.  

Grace à  elle je ne suis plus ici, dans les rues bien marquées, je suis transportée dans le delta du Mékong, vers les routes de la soie, en direction des bords du monde, là où « sourire du ciel »  pourrait être le prénom d’une petite fille. 
Cette maison est un Haïku, un  petit poème délicat qui  porte l’immensité des rêves et des voyages.

Pas besoin d’un dictionnaire, d’une bibliothèque garnie  d’encyclopédies et de livres poussiéreux, la lecture de  trois mots suffit pour rendre heureux celui qui passe et prend le temps de  lever  les yeux vers le ciel. 

Il y a des rencontres, il y a des surprises à chaque coin de rue, il y a la vie avec ses multitudes…pas de confinement pour celui qui sait regarder.